Tu penses ne pas avoir besoin de l'Église ? Elle, elle a besoin de toi

Tu te dis que tu peux vivre ta foi sans église ? Admettons. Mais alors, crois au moins une chose : l'Église, elle, a besoin de toi. Et c'est souvent en servant qu'on y trouve enfin sa place.

Je t'ai déjà parlé du piège classique du chrétien débutant : croire qu'on peut grandir seul(e), juste "Dieu et moi". Si tu as raté cet article, il est ici : Chrétien débutant : l'erreur de croire qu'on n'a plus besoin d'apprendre.

Peut-être que tu n'es toujours pas convaincu(e). Tu pries chez toi, tu lis ta Bible, tu regardes des prédications sur YouTube, et tu te dis que ça suffit. L'église, c'est bien pour ceux qui en ont besoin. Mais toi, ça va.

D'accord. Admettons. Je ne vais pas essayer de te convaincre une deuxième fois que tu as besoin de l'Église.

Je vais te dire autre chose : si tu penses que tu n'as pas besoin de l'Église, crois au moins que l'Église a besoin de toi.

La question qu'on ne pose jamais

Quand on cherche une église, on se pose presque toujours les mêmes questions. Est-ce que la louange me plaît ? Est-ce que le pasteur prêche bien ? Est-ce qu'il y a des gens de mon âge ? Est-ce qu'il y a quelque chose pour mes enfants ?

Ce sont des questions légitimes. Mais elles ont toutes un point commun : elles demandent ce que l'église va m'apporter.

Il y a une question qu'on pose beaucoup plus rarement : qu'est-ce que moi, je peux apporter à cette église ?

Ce n'est pas un détail. C'est toute la différence entre un client et un membre. Un client consomme, compare, et s'en va quand l'offre ne lui convient plus. Un membre fait partie du corps. Quand il manque, ça se voit.

Un corps où personne n'est en trop

L'apôtre Paul utilise une image très simple pour parler de l'Église : un corps humain. Chaque chrétien en est un membre, avec sa fonction.

"L'œil ne peut pas dire à la main : Je n'ai pas besoin de toi ; ni la tête dire aux pieds : Je n'ai pas besoin de vous." 1 Corinthiens 12:21

Personne ne peut dire "je n'ai pas besoin de toi". Ni le pasteur à toi, ni toi à l'église. Et Paul va encore plus loin juste après :

"Mais bien plutôt, les membres du corps qui paraissent être les plus faibles sont nécessaires." 1 Corinthiens 12:22

Nécessaires. Pas tolérés. Nécessaires. Ça veut dire que le chrétien converti il y a trois semaines, qui ne connaît pas encore le nom des livres de la Bible, a une place que personne d'autre ne peut tenir à sa manière.

Ta main n'a jamais demandé à ton genou s'il se sentait utile. Elle a besoin de lui pour que tu tiennes debout. Dans l'Église, c'est pareil. Quand quelqu'un reste chez lui, il ne manque pas seulement quelque chose à sa vie. Il manque quelque chose au corps.

Tu as reçu quelque chose pour les autres

"Comme de bons dispensateurs des diverses grâces de Dieu, que chacun de vous mette au service des autres le don qu'il a reçu." 1 Pierre 4:10

Remarque le mot "chacun". Pas "les plus doués", pas "ceux qui ont fait une école biblique". Chacun. Ce que Dieu a mis en toi, un talent, une sensibilité, une compétence, une expérience de vie, même douloureuse, ne t'a pas été donné seulement pour toi.

Tu sais mettre les gens à l'aise ? Dimanche prochain, quelqu'un va pousser la porte d'une église pour la première fois, et il aura peur. Tu es bricoleur(euse) ? Il y a toujours une chaise, une prise ou une sono qui attend quelqu'un. Tu as traversé une dépression, un divorce, une addiction ? Il y a sûrement quelqu'un dans ton assemblée qui vit exactement ça aujourd'hui et qui se croit seul au monde. Ton histoire peut lui servir.

Et si tu te dis que tu n'as aucun don particulier, commence par ce que personne ne veut faire. Ranger les chaises. Préparer le café. Faire la vaisselle après le repas. Ce n'est pas glorieux, et c'est justement pour ça que c'est précieux.

Jésus est venu pour servir

"Car le Fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs." Marc 10:45

S'il y en a un qui aurait eu le droit d'être servi, c'est bien Jésus. Et pourtant, il dit l'inverse. La veille de sa mort, il prend une bassine d'eau et il lave les pieds de ses disciples, un travail réservé aux esclaves à l'époque (Jean 13). Puis il leur demande de faire pareil.

Servir, ce n'est pas une activité optionnelle pour chrétiens très motivés. C'est ressembler à Jésus. Et c'est souvent comme ça que Dieu fait grandir quelqu'un.

Dans le livre des Actes, l'Église a un problème très concret : des veuves sont oubliées dans la distribution de nourriture. Les apôtres choisissent sept hommes pour s'en occuper (Actes 6). Un service matériel, pas une tribune. Parmi eux, il y a Étienne. Quelques versets plus loin, c'est lui qui annonce l'Évangile avec une force qui secoue toute la ville. Il a commencé par servir les tables.

Comment j'ai trouvé ma place

Je vais être honnête avec toi : je n'ai jamais trouvé ma place dans une église en restant assis au fond de la salle. Je l'ai toujours trouvée en servant.

Et ce n'est pas qu'une histoire personnelle. Regarde les très grandes églises, celles où des milliers de personnes se retrouvent chaque dimanche. Comment est-ce qu'on y existe, au milieu de la foule ? Dans la plupart des cas, par le service. Ceux qui s'engagent dans une équipe (l'accueil, la technique, les enfants, le parking) finissent par connaître des gens, être connus, être attendus. Ceux qui se contentent d'assister restent anonymes, parfois pendant des années.

Dans une petite église, c'est encore plus vrai. Chaque personne qui s'engage change le visage de l'assemblée.

Et il y a un effet secondaire que personne ne te dit : quand tu sers, tu reçois. Tu te fais des amis. Tu poses tes questions à des chrétiens plus expérimentés pendant que vous installez la salle. Tu découvres des capacités que tu ne te connaissais pas. Et un jour, tu te rends compte que cette église dont tu pensais pouvoir te passer est devenue ta famille.

Ce que servir n'est pas

Une précision importante, parce que j'ai vu des chrétiens s'abîmer là-dedans.

Servir, ce n'est pas tout faire. Ce n'est pas dire oui à toutes les demandes jusqu'à l'épuisement. Ce n'est pas non plus un moyen de gagner l'amour de Dieu : tu l'as déjà, gratuitement. Tu ne sers pas pour être aimé(e). Tu sers parce que tu es aimé(e).

Commence petit. Une tâche. Un engagement que tu peux tenir dans la durée. Mieux vaut servir le café fidèlement pendant un an que prendre trois responsabilités et craquer au bout de deux mois.

Par où tu commences

Cette semaine, après le culte, va voir ton pasteur ou un responsable de ton église et pose-lui une seule question : "Où est-ce que vous avez besoin de quelqu'un ?"

Pas "qu'est-ce qui me plairait". Où est le besoin. Tu seras surpris(e) par la réponse, et souvent par la joie que ta question provoque en face.

Et si tu n'as pas encore d'église, c'est le moment d'en chercher une. Pas pour consommer. Pour y prendre ta place.

Vendredi prochain, on regarde l'autre face de la pièce : ce qui se passe quand c'est toi qui tombes, et que ce sont les autres qui te portent.

Pour aller plus loin

L'Église et la place que tu y as sont développées dans mon livre "J'ai donné ma vie à Jésus ! Et maintenant ?", avec les autres fondations de la vie chrétienne.